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Une voix pour la sécurité : le récit de Maria Tarenta

A young woman stands at a podium

Par Susan Haldane, tirée d’une entrevue avec Maria Tarenta

Être debout au micro devant une foule de 700 personnes, c’est stressant pour tout le monde, même pour une conférencière comme Maria Tarenta. Elle en était à son premier témoignage en tant que conférencière pour Fil de vie. Par contre, l’occasion de parler de son père et de sensibiliser les gens à la sécurité l’emportait sur sa nervosité.

« C’était très stressant, car au départ, il était question d’une foule de 400 personnes », se souvient Maria, « Mais je me disais : c’est bon, je gère. Pas de problème, mis à part qu’il continuait de s’ajouter des personnes ! Mais je me sentais vraiment bien. J’étais contente d’être là. » 

« Je souhaite que les gens prennent la sécurité au travail plus au sérieux », ajoute-t-elle. « Ils la considèrent au même titre qu’un brossage de cheveux ou de dents : tu te présentes au travail chaque jour et tu fais la même chose, jour après jour. C’est la routine. » Une blessure ou une maladie peut survenir à tout moment et à n’importe qui, et « je souhaite que les gens réalisent à quel point c’est sérieux. Ça peut être une mauvaise coupure, mais ça peut aussi bouleverser toute une vie. »

Toute une vie : c’est ce que ça a été pour Maria et sa famille. David, le père de Maria, a perdu la vie lorsqu’il travaillait dans une usine de recyclage des déchets. Il a été frappé par un camion après une chute ou un faux pas. À l’époque, Maria avait seulement 12 ans. Ce jour-là, lorsqu’elle est revenue de l’école, elle a aperçu une voiture de police chez elle. Maria et sa sœur ont pris place près de leur mère et le policier leur a raconté ce qui s’est passé.

« Je me suis complètement repliée sur moi-même. Je me souviens de m’être affalée dans ma chaise », raconte-t-elle, « Puis j’ai couru jusqu’à ma chambre. Je voulais seulement être seule. »

Ç’a été un moment très difficile. Étant une jeune adolescente, elle ignorait tout du deuil et de la façon d’en discuter. Elle ne voulait pas que son entourage soit mal à l’aise. Elle a pu compter sur sa communauté, et tenir un journal l’a aidée, mais elle luttait contre la dépression.

C’est peu de temps après le décès de son père que Maria et sa famille ont découvert Fil de vie. Lorsqu’elle a participé à son premier forum familial de l’Atlantique, elle est restée en retrait, trop bouleversée par les événements. Au fil des années, « je me suis rendu compte que je pouvais me confier et trouver une communauté en toute sécurité » parmi les membres de familles aussi touchés qui étaient présents. 

Lorsqu’on lui a demandé de lire un poème, le bienfait qu’elle en a retiré lui a donné l’idée de guérir en faisant du bénévolat. Ce n’est qu’il y a quelques années seulement que Maria s’est sentie d’attaque pour suivre la formation dans le but de devenir conférencière. L’expérience s’est avérée « tout simplement incroyable. Ça a été difficile au début, mais ensuite c’était tellement gratifiant. »

Devenir conférencière ne donne pas seulement l’occasion à Maria de promouvoir la santé et la sécurité : elle rend aussi hommage à son père. Elle se plait à parler de lui au présent, comme s’il était encore vivant, et elle veut que les gens sachent le rayon de soleil qu’il était. C’était un homme généreux, bon avec les gens et qui passait beaucoup de temps avec Maria et sa sœur. Même après sa séparation, son père est resté présent de façon constante et positive.

« Il nous aimait plus que tout et cet amour était réciproque. Nous étions inondées d’amour. »

Aujourd’hui, Maria est en mesure d’être reconnaissante pour le temps qu’elle a eu avec son père plutôt qu’amer pour les moments qu’elle ne vivra pas avec lui. Mais cette amertume refait tout de même surface de temps à autre.

« J’ai l’impression d’avoir fait beaucoup de chemin. C’est comme s’il y avait une grosse montagne devant moi, mais une montagne stimulante, remplie d’occasions », raconte Maria. « Depuis le début de mon aventure comme conférencière, c’est comme s’il n’y avait que ce vaste monde : qui pourrais-je rencontrer ? À qui pourrais-je parler ?

« Lorsqu’il est question de deuil, il y a toujours beaucoup de détails à ressasser dans notre tête, mais ce n’est que d’autres choses à découvrir et à apprendre. Ça me donne de l’espoir. »

 

Une chanson pour affronter la perte

L’un des plus beaux souvenirs que Maria garde de son père est lorsqu’ils chantaient dans l’auto. « Il adorait Aqua – le popEuro, c’était son genre », raconte Maria. Ils chantaient à tue-tête « Barbie Girl », du groupe Aqua, « plus rien n’avait d’importance à ce moment précis. C’est une des choses que j’aimais le plus de lui, et j’aimerai toujours la musique drôle et entraînante. »

Depuis, chanter, que ce soit en auto ou à la maison, est l’une des façons qu’elle affronte le deuil ou le stress. « C’est comme un bon entraînement. Parfois, il faut simplement se défouler, laisser sortir le méchant. » 

A young girl blows out her birthday candles while a man holding a baby assists.

Message d’une jeune personne en deuil

Maria n’avait que 12 ans lorsqu’elle a perdu son père. Comme n’importe quel jeune, elle s’est efforcée de surmonter un important traumatisme et des émotions très intenses. Si elle avait la chance de murmurer quelque chose à l’oreille de la jeune adolescente qu’elle était à l’époque, que lui dirait-elle ?

« Je lui dirais que tout ira bien. Tu n’es pas seule, même si c’est probablement comme ça que tu te sens; mais ce n’est pas le cas. Le beau temps reviendra malgré la tempête que tu traverses en ce moment. Tu vas t’en sortir. »