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Récit d’une mère

par Marlyn Quast-Frank

« Plus grand que nature.» Voilà comment les amis et la famille de Colton le décrivent depuis son récent départ vers l’au-delà. Il a vécu sa courte vie à plein, et on se souvient de lui comme d’un gars gentil et loyal, à l’esprit noble et dévoué, qui aimait énormément ses amis et sa famille, et dont l’attitude et la présence étaient très grandes.

Colton et sa fiancée, Taylor, avaient troqué notre ville natale, Medecine Hat, pour Edmonton en 2015, où elle terminait ses deux dernières années d’études à l’Université d’Edmonton. Colton y occupait un poste d’apprenti électricien. Au cours des cinq années qui ont suivi, Taylor a obtenu son diplôme et un poste d’enseignement en première année du primaire dans le district scolaire d’Edmonton, pendant que Colton travaillait pour une entreprise d’électricité et terminait un certificat de compagnon. Ils se sont fiancés à l’été 2018 et ils avaient une belle vie devant eux, jusqu’à ce que l’inimaginable se produise.

On ne s’attend jamais à ce que son enfant ne revienne pas à la maison après le travail. Le 13 février 2020, Taylor nous a téléphoné en panique, ce qui a changé nos vies à jamais. Un accident s’était produit au travail et Colton avait été électrocuté. On n’en connaissait pas la gravité et nous sommes tombés dans le déni. Il s’en sortirait. Cela arrivait à d’autres familles, mais pas à nous! Nous avons rapidement bouclé nos valises et nous nous sommes rendus à l’hôpital où on l’avait amené. Cinq heures et demie de route. En arrivant sur l’autoroute, j’ai téléphoné aux urgences pour obtenir plus d’information. Ils m’ont immédiatement transféré à l’aumônier, et c’est là que j’ai compris que c’était beaucoup plus grave que ce que je m’étais permis d’imaginer. On ne nous a pas donné beaucoup d’information, mais on nous a dit qu’il était dans notre meilleur intérêt d’arriver le plus tôt possible. Mon mari a fait le parcours en quatre heures. Je me souviens être arrivée à la course dans la chambre d’hôpital de Colton en pensant qu’il serait là, assis, prêt à nous accueillir, amusé, avec un large sourire et des propos amusants, mais c’est plutôt un corps inanimé qu’on a vu. Il était branché à de nombreux tubes et à des machines et des moniteurs qui le maintenaient en vie. J’ai figé. J’ai paniqué. J’ai réalisé que je vivais le cauchemar d’une mère, duquel je cherchais à m’éveiller.

Au cours des cinq jours qui ont suivi, j’ai vu défiler des inhalothérapeutes, médecins, spécialistes et une batterie de tests. Le pronostic final a été que Colton avait subi des lésions anoxiques cérébrales causées par ses blessures et qu’il nous fallait statuer sur l’inimaginable : retirer le respirateur artificiel. Le 19 février 2020, six jours après son 26e anniversaire de naissance et cinq mois avant son mariage avec sa compagne des sept dernières années, nous l’avons vu rendre son dernier souffle. C’est une image qui restera à jamais présente dans nos cœurs et nos esprits. La vie semblait injuste. Comment survivre à cela?

Dans les jours et les semaines qui ont suivi, je me souviens avoir pris rendez-vous avec un conseiller du bureau de mon mari. L’appel a duré moins de cinq minutes. Bien qu’il fût conseiller, il était évident qu’il n’avait ni l’aptitude ni l’empathie nécessaire pour vraiment comprendre ce que signifie perdre un enfant. Le plus terrible pour moi à ce moment-là, c’est qu’il n’avait pas d’enfant. J’ai su que l’entretien allait prendre fin. J’avais besoin d’être soutenue par quelqu’un qui me comprenait complètement et qui avait vécu ce parcours déchirant dans lequel j’essayais de m’orienter.

Le lendemain, nous avons reçu un appel de la SST pour discuter de l’enquête sur l’accident. Notre intervenant nous a suggéré de parler à quelqu’un de Fil de Vie et nous a offert de nous mettre en communication. Être en contact avec ce super organisme, lire des récits très semblables aux nôtres et entendre parler du grand nombre de familles ayant vécu le même chagrin m’a considérablement aidée à me sentir moins seule. J’ai senti qu’on me voyait, qu’on m’entendait, qu’on me comprenait. Lorsqu’on vit un deuil, c’est ce qu’on recherche. J’ai alors découvert une nouvelle famille et compris que je traverserais ce parcours comme bien d’autres avant moi.

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes à trois semaines du troisième anniversaire de son décès. La présence de notre extraordinaire fils nous manque au quotidien. Certains jours, cela paraît irréel. J’ai depuis découvert qu’accompagner d’autres familles ayant perdu des enfants à s’orienter dans leurs parcours, les écouter, les comprendre, tout cela occupe une grande part de mon parcours de guérison. Je crois qu’il est important de redonner au suivant. Je me suis inscrite à un programme d’études en santé, bien-être, nutrition et coaching de vie qui mène à un certificat en counseling général et en coaching sur le deuil et le chagrin. Je suis aussi très reconnaissante du fait que mon rapport à la spiritualité est fort. Ça m’a permis d’aller de l’avant et de parler de l’importance de transmettre un message d’espoir aux gens qui en ont le plus besoin. Je crois que la meilleure façon de soigner notre esprit et notre corps d’une perte aussi bouleversante est d’accompagner ceux et celles qui ont besoin de guérison dans ce parcours que personne ne cherche à vivre.