Profil de bénévole : Charlene Nahamko

par Elaine Mew, coordonnatrice des bénévoles
Le mois de novembre 2022 a marqué le début de deux aventures pour Charlene Nahamko : l’aventure d’un deuil de toute une vie et une épreuve juridique de trois ans. C’est en novembre 2022 que Greg, son fils aîné, a perdu la vie lors d’une tragédie au travail dans un champ de pétrole au nord de l’Alberta. Naviguer dans les complexités du système juridique s’avère difficile, et c’est encore plus vrai lorsque vous devez en plus soutenir deux autres enfants qui ont aussi besoin d’aide pour apprendre à vivre sans leur grand frère ; sans compter la gestion de vos propres émotions.
L’aventure de Charlene avec Fil de vie a commencé lorsque le soutien thérapeutique de la Commission des accidents du travail a pris fin. Sans personne pour comprendre la profondeur de son sentiment de perte et ce qu’elle traversait, elle a participé à un groupe de soutien au deuil où quelqu’un a mentionné Fil de vie. Elle se rappelait vaguement avoir vu un feuillet dans les documents remis par le salon funéraire. Elle est allée sur Internet et a découvert que Fil de vie correspondait exactement à ses besoins : une communauté qui la comprenait, la soutenait et savait simplement lui faire une place.
Lorsqu’une tragédie au travail survient dans une communauté tissée serrée, cela amène naturellement beaucoup de questions. Heureusement, des collègues de Greg, son fils, ont accepté de l’accompagner afin de sensibiliser la population. C’est ainsi que, telle une famille, ils ont roulé vers le nord pour organiser un barbecue, répondre à des questions, montrer sa photo et raconter son histoire. Ils avaient semé une graine. Sa communauté avait besoin de ce que Fil de vie lui avait apporté : l’année suivante, ils ont tenu une randonnée « Un pas pour la vie » à Slave Lake.
En tant que présidente de la randonnée « Un pas pour la vie » de Slave Lake, Charlene est émue de constater la passion dont font preuve les entreprises locales à soutenir la randonnée. Pour elle, cela démontre à quel point ils comprennent les répercussions d’une tragédie au travail sur les familles qui vivent avec ce fardeau pour le reste de leur vie. D’ailleurs, pour Charlene, « le Sentier du souvenir » joue un rôle clé dans l’événement. Il donne la chance aux familles, année après année, d’honorer la mémoire de leurs proches qui ont perdu la vie ou qui vivent avec une blessure ou une maladie professionnelle.
Une fois que le choc du décès de Greg s’est atténué, Charlene a ressenti une très grande colère et elle savait qu’elle devait la canaliser vers quelque chose de positif. Elle l’a utilisée pour aider sa communauté de Slave Lake, où vivent de nombreux proches et membres de sa famille, à guérir. Elle a discuté avec les collègues de son fils après son décès. Elle a appris qu’on avait omis de leur offrir du soutien. C’est à ce moment qu’elle a choisi de réorienter sa carrière comme travailleuse de soutien, afin d’accompagner des personnes qui vivent un deuil au sein de la communauté des Premières Nations au nord de Slave Lake. Elle anime des ateliers sur le bien-être mental et sur l’autogestion de la santé, des éléments essentiels qui forment la base de la santé et de la sécurité au travail. Tout le monde la reconnaît comme étant « la mère de ce soudeur » ; elle bénéficie donc d’une reconnaissance et d’une compréhension immédiates de l’importance de ces sujets. Elle se présente avec une histoire à raconter et avec un cœur et un esprit ouvert. Même si elle n’a pas réponse à tout, elle peut mettre les gens en contact avec des personnes ou des ressources dont ils ont peut-être besoin.
Le parcours de guérison de Charlene et de ses enfants se poursuit. Le mois de novembre s’avère difficile, puisqu’il lui rappelle la tragédie qui a pris la vie de Greg. Par contre, le mois d’avril est encore plus riche en émotions avec le Jour de deuil national, l’anniversaire de Greg et la randonnée « Un pas pour la vie » de Slave Lake, qui coïncident à peu près tous. L’héritage de Greg perdure lors du Grego Land (une fête techno organisée en son hommage par un de ses amis DJ), dans le travail que Charlene effectue, de même que dans son bénévolat avec Fil de vie.
Elle envisage maintenant de se joindre au bureau des conférencières et des conférenciers afin de partager son expérience. « Ça apaise mon cœur et je sais que je fais le bien en aidant les autres, en les sensibilisant à la sécurité, en sensibilisant les communautés, en particulier la nôtre, pour qu’elles sachent que d’autres personnes ont aussi traversé de telles épreuves. Des gens les comprennent. »